Risques et perspectives géopolitiques pour la France en Afrique du Nord et au Moyen-Orient

23/05/2017

Par Pierre Razoux, Directeur de recherche à l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire

L’enjeu de la fonction prospective est de rationaliser les actions d’acteurs irrationnels (comme Daech par exemple). Pour qu’elle soit efficace, il faut combiner plusieurs facteurs : recours à des experts, prise de recul, prise de  position selon son intuition (analyser les signaux faibles), prise en compte d’un maximum de facteurs (prime à la pluridisciplinarité), réactivité, remise en question permanente.

L’essentiel du commerce international passe par voie maritime et sur ces routes, les points stratégiques (les détroits) sont également les plus crisogènes. En particulier, autour de la mer Rouge, où le partage d’influence se fait entre la Russie au nord et les Etats-Unis au sud, qui correspond plus ou moins à la ligne d’affrontement entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. Les points de frictions vont perdurer à moins que des négociations s’entament entre ces deux pays.

Concernant l’Arabie Saoudite, il faut prendre en compte le facteur économique, l’écart entre ses recettes et ses dépenses se creuse et on ne sait pas de combien de réserves financières elle dispose. Comment continuer à acheter la paix sociale pour éviter une révolte quand 25% des Saoudiens vivent sous le seuil de pauvreté ?

A contrario, les revenus iraniens ne cessent d’augmenter et le temps joue pour l’Iran. Cela est notamment lié à la baisse constante du prix du pétrole dont l’Iran est beaucoup moins dépendant.

Pour les Etats-Unis, l’enjeu dans la région est de maintenir ouverte la route maritime du pétrole vers l’Asie. La position d’Oman est stratégique puisque 75% des hydrocarbures de la péninsule partent vers l’Asie via le hub de Dogum (dont les flux sont contrôlés par les Etats-Unis).

Pour la France, les intérêts stratégiques au Moyen-Orient sont de garantir la liberté de circulation sur l’axe Méditerranée orientale – Mer Rouge – Océan Indien, ainsi que la stabilité d’Israël et du Liban (en raison du grand nombre de binationaux), et d’empêcher Daech d’accéder à la Méditerranée et à la mer Rouge.

Concernant l’Afrique du Nord, il existe cinq fronts djihadistes qui ne vont pas s’épuiser. L'enjeu pour la France est d’éviter à tout prix l’unification de ces fronts et pour cela, deux pays doivent se maintenir : l’Algérie et l’Egypte.

De façon générale, aucune solution ne sera envisageable dans la région sans une triple entente entre les Etats-Unis et la Russie ; l’Iran et l’Arabie saoudite ; la Turquie, Israël et l’Union européenne. Sans cette triple entente simultanée, il sera impossible de traiter notamment de l’avenir de la Syrie et de l’Irak (après l’élimination de Daech), la confrontation entre sunnites et chiites, la question kurde, la question palestinienne, la place de l’Islam politique dans le monde arabe.

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