La blockchain est morte, vive la blockchain

Posté le 21/06/2016 par Manuel Cartier

Le 17 juin 2016, le projet communautaire, The DAO (Decentralized Autonomous Organization), qui se présente comme la première organisation décentralisée hébergée sur la blockchain, a été piratée et s’est fait subtiliser plus de 3,6 millions d’ethers, crypto-monnaie valorisée près de 50 millions de dollars au taux de change du moment (le vol ayant depuis fait baisser de moitié la valeur de l’Ether, liée à l’effondrement de confiance des acteurs dans la robustesse de son algorithme). Cette organisation, destinée à démontrer la supériorité de la blockchain, est devenue le symbole de ses failles.

Le mirage est-il donc sur le point de prendre fin ? En janvier 2016, Mike Hearn, ancien de Google ayant démissionné pour se consacrer au développement du bitcoin,  annonçait la mort prochaine du ce dernier. « La communauté a échoué », expliquait-il sur son blog. La devise « est au bord d'un effondrement technique » et « il n'y a plus beaucoup de raisons de croire que le Bitcoin puisse être meilleur que le système financier actuel ».

Pour autant, les promesses et menaces associées à la blockchain peuvent elle être si vite enterrées ?

La blockchain a  été  créée  en  2008  par  un  développeur ou  un  collectif  se  faisant  appeler Satoshi Nakamoto, protocole publié sous licence libre du MIT et écrit en C++. Ce  protocole  propose  une  solution au problème de la confiance, en mêlant les technologies des réseaux peer to peer à la cryptologie. La première application blockchain, le Bitcoin, mise en œuvre en 2009, reste aujourd’hui la plus médiatique. Mais à ce jour, plus de 700 crypto monnaies existent, fonctionnant sans intermédiaires, utilisables dans tous les pays et exempts de toute tentative de contrôle par un tiers (gel de compte par exemple).

Mais la monnaie n’est qu’un exemple d’utilisation de la blockchain. De nombreux autres champs, comme les smart contracts, restent ouverts. Selon Nicolas Loubet, co-fondateur de Cellabz, accélérateur d’écosystèmes technologiques, « un smart contract, c’est comme si l’on vous donnait des dés, des jetons, des ciseaux pour créer votre propre système de Monopoly, et vous permettait ensuite d’y jouer avec un certain nombre de règles qui seront exécutées. Imaginez une civilisation qui vous permet, au lieu de passer par une structure centrale, de créer votre propre système de lois et de règles. » Cette redéfinition même de la nature d’un contrat pourrait avoir des conséquences fortes pour les banques ou les notaires comme pour les autres institutions, transformant leur relation avec leurs clients ou leurs employés.

Les forces des contrats par blockchain sont en effet indéniables, avec une prise de contrôle majoritaire inutile, une diversité possible de nature (privées comme publiques), un historique des transactions infalsifiable et une baisse des coûts des transactions.

La technologie blockchain trouve également un écho dans des changements organisationnels de fond : remise en cause de la structure verticale et hiérarchique des entreprises, passage d’une logique de compétition à des logiques multiples de coopération, chute du salariat. De nouvelles formes décentralisées reposant sur des blockchains pourraient émerger, garantissant fluidité et ouverture ; pour l’individu la permanence et l’intégrité de ses ressources et de sa réputation, pour l’organisation la transparence et la résilience de sa gouvernance et de sa création de valeur.

Les champs d’application sont immenses, touchant potentiellement au socle même de notre société. Sécurisé, décentralisé, anonyme, ces trois adjectifs peuvent parfaitement s’appliquer au processus démocratique. C’est pourquoi startups et citoyens engagés envisagent déjà d’utiliser le protocole blockchain pour le vote électronique, comme aux États-Unis, où le groupe FollowMyVote met à disposition des États son procédé de vote blockchain.

Pour aller plus loin :

Sullivan T. (2015), Transparency, Trust, and Bitcoin, Harvard Business Review, june, p.118-119.

Tapscott D & Tapscoot A. (2016), Blockchain Revolution: How the Technology Behind Bitcoin Is Changing Money, Business, and the World, Penguin Random House, New York.

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